18 octobre 2008

LE GRENELLE, UN AN APRES

Il ne se passe pas une journée sans que la loi grenelle 1 ne soit pas vidée de son sens. De l'amendement "Ollier" favorable à la sur-consommation électrique des habitations, jusqu'à la plus récente non protection des "lanceurs d'alertes", sans qui de nombreux problèmes sanitaires et sociaux ne seraient pas pris en compte par nos dirigeants. Voici un billet d'humeur générale sur le sujet, et ses conséquences...

 

En ce mois d'octobre 2008, nous sommes bien loin de l'euphorie qui régnait lors du lancement du Grenelle de l'environnement, l'année dernière à la même époque. C'est dans un contexte de crise économique et boursière très grave que les députés doivent examiner la loi Grenelle1. Attaqué de toute part, par de puissants groupes d'intérêts, le Grenelle va avoir du mal à défendre le caractère urgent de ses mesures par rapport aux menaces de chômage qui se profilent à l'horizon. Juste avant la crise financière, dans le monde du 24 septembre, Yann Arthus Bertrand lançait un cri d'alarme: Il est trop tard pour être pessimiste. Il empruntait la formule à Geneviève Ferone dont l'ouvrage, « 2030 le krach écologique » est une puissante piqûre de rappel pour ceux qui seraient tentés de baisser les bras. Force est de constater que les changements véritables sont lents à venir et que même les efforts diplomatiques engagés depuis le sommet de la terre à Rio n'ont pas empêché l'augmentation des émissions de CO2 comme annoncé récemment. Yann Arthus Bertrand attribuait cette inertie au fait que nous savons mais nous ne voulons pas y croire. En effet ce n'est pas l'information qui manque mais la motivation de chacun. Il suggérait également une responsabilité du monde politique qui se trouve confronté aujourd'hui au spectre de la récession.

Le mensuel Terre Sauvage d'octobre publie son baromètre de la nature 2008 qui note l'état des territoires, de la biodiversité et la qualité de l'air et de l'espace en France. Exception faite de la progression des espaces protégés avec la naissance de 2 parcs nationaux en Guyane et à la Réunion, l'ensemble n'est pas brillant. Notamment sur le plan de l'artificialisation du territoire qui engloutit en surface l'équivalent d'un département français tous les dix ans. Par ailleurs, un sondage réalisé par le magazine au mois d'août 2008 révèle la bonne volonté écologique des français à condition que cela ne grève pas leur budget. Enfin, si un français sur dix comme affirmé lors du sondage, donnait ne serait-ce que 10 euros par an à une association de protection de la nature, cela ferait du secteur naturaliste le lobby le plus redoutable de l'hexagone...Cela fait rêver mais la concurrence est forte avec d'autres secteurs aux besoins tout aussi urgents comme la recherche médicale ou l'humanitaire.

Dans la revue Esprit, Frédéric Bonnet aborde la question d'aménagement de l'espace urbain dans le contexte très actuel de révision des PLU (Plan local d'urbanisme). D'emblée il souligne à quel point le discours des élus sur la durabilité continue à être contredit par la plupart des décisions. Depuis une dizaine d'années, rien n'a été fait pour empêcher un urbanisme consommateur d'espace et d'énergie. Sur RTL, le président de l'Automobile Club, au nom de la liberté de chacun à choisir son lieu de résidence, a attaqué Denis Baupin, élu vert à la mairie de Paris sur son refus de l'étalement urbain. Le mythe de la maison individuelle n'est pas mort. Et pourtant un livre paru en mars 2008 (*) contredit cette prétendue envie de jardinet en périphérie. Selon ses auteurs, seuls 8% des déménagements correspondent à un désir de maison individuelle. Alors comment concevoir la ville autrement que selon des modes opératoires dépassés ? Un début de piste est de proposer une diversité des arts de vivre plus plaisante, de réhabiliter l'envie de partage et le savoir faire des coexistences. Il faudrait conceptualiser tous les métiers impliqués dans l'aménagement urbain et les faire vivre et évoluer par un débat localisé, adapté aux circonstances de chaque lieu. Désormais les communes, quelle que soit leur taille, doivent modifier leur processus de production et la réglementation selon des objectifs vraiment radicaux.

Le Grenelle de l'environnement avait réussi à donner de la lisibilité aux préoccupations environnementales malgré un climat d'inquiétude général et une forte tension sur le pouvoir d'achat. Avec la crise mondiale on peut craindre que le sort de la planète ne passe au second deuxième plan ce qui serait un bien mauvais calcul car les dégâts environnementaux continuent et nous menacent à terme plus sûrement qu'une récession.

 

Magali GUILBAUD

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