01 juin 2009

LE FORMIDABLE ENJEU DES AMAP, DES CIRCUITS COURTS ET BIO

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Au sortir de la guerre, les préoccupations Européennes sont tournées vers la stabilité politique et économique, on établit la première politique agricole commune en 1957 lors du traité de Rome afin de rendre l'Europe autonome par un accroissement de la productivité. Une décision qu'il convient de replacer dans le contexte des priorités de l'époque. Avec l'utilisation croissante d'intrants, de génétique et une garantie des prix de vente, rien ne semble  plus freiner le productivisme qui conduit au fameux remembrement des exploitations. La France devient exportatrice dès les années 1970, dépassant largement les objectifs de départ au plus fort des « 30 glorieuses ». Des effets négatifs se font sentir dès les années 80 : Avec l'exode rural, l'Europe perd 3 millions d'actifs agricoles en 10 ans, 80% de la production réside alors sur 20% des producteurs, on découvre un bilan écologique très lourd avec la présence d'intrants chimiques et effluents d'élevage dans les sols, les cours d'eau et les nappes phréatiques.

Aujourd'hui, les excédents agricoles mondiaux déstabilisent des régions entières de cultures vivrières par le dumping des prix, 850 millions de personnes souffrent de sous-nutrition, les sols s'appauvrissent, nous vivons une explosion des cancers et l'épisode de la vache folle. Malgré ces réalités, des firmes agro semencières tentent de nous imposer les OGM et nous devenons des champions mondiaux de l'utilisation d'intrants chimiques, au mépris du principe de précaution désormais constitutionnel. La majeure partie de ce que nous consommons est issu du monopole de la grande distribution, qui ajoute, aux fruits et légumes, les conserves et autres plats préparés contenant des additifs chimiques.

Les AMAP (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) : Dès les années 60, des agriculteurs s'opposent au productivisme et les premières AMAP apparaissent au Japon, en Allemagne et en suisse en 1970, dans les années 80 aux USA, dans les années 90 au Canada et au Royaume-Uni, puis en France en 2001. La France qui compte à l'époque environ 150 AMAP organise la première rencontre internationale à Aubagne (PACA) en 2004. L'AMAP est une appellation déposée d' « Alliance Provence », premier réseau régional qui dépose la charte en 2003. En France, on comptait 1 000 AMAP en 2008. L'agriculture paysanne est un projet de la confédération paysanne et de la FADEAR (Fédération associative pour le développement de l'emploi agricole et rural) : Produire, employer, préserver avec trois valeurs de base : sociale, économique et environnementale (Répartition, transmissibilité, travail avec la nature et développement local, autonomie, qualité des produits).

Le principe des AMAP est un partenariat solidaire et convivial entre des « consom'acteurs » et un producteur sur la base d'une vente directe. Un groupe se créé avec l'association en tant qu'intermédiaire bénévole, sans transaction commerciale. Les parties s'engagent à respecter un contrat et la charte des AMAP (18 points) dans la durée. L'engagement du producteur : Production paysanne de qualité, raisonnée voire BIO, locale et de saison, respectueuse de l'environnement et de conditions économiques et sociales décentes. L'engagement des consom'acteurs : Le paiement de la production d'une saison à l'avance, la participation à l'association, une solidarité avec les aléas de la production (climat, dégradations), la perception des produits à dates fixes et l'adaptation au type de maraîchage pratiqué.

Le système AMAP permet de renouer des liens entre les citadins et le monde agricole par la transparence et la traçabilité de la production (confiance), de mener des actions pédagogiques auprès des adhérents et leur accès à une alimentation saine. Il participe à l'implantation de jeunes agriculteurs et d'ouvriers, préserve les terres de la production intensive et de l'urbanisation, maintient une production soucieuse de l'environnement et de la biodiversité, réduit le coût et la pollution dus au  déplacement des produits et des consommateurs. Il supprime les intermédiaires et maintient une activité économique non délocalisable à forte valeur identitaire locale, pour un prix social et environnemental réaliste. Il est déconnecté des contraintes de la globalisation : Monopoles, grande distribution, énergie, transports, bourse, et participe aux objectifs du Grenelle de l'environnement.

Le réseau des AMAP IDF est une association qui a été créée en 2004, un an après l'apparition de la première AMAP régionale à Pantin (93), elle est représentée par un bureau élu par les collèges agriculteurs et consommateurs. Le réseau fédère et anime l'ensemble des groupes franciliens et créé des évènements comme la fête des AMAP. Le réseau porte les projets agricoles sous forme de mise en relation de groupes de consommateurs avec des agriculteurs en cours d'implantation. Il aide également les producteurs existants à la conversion en agriculture biologique. Le projet phare est la création d'une couveuse en Seine-et-Marne, qui doit permettre à terme de former de jeunes agriculteurs auprès de professionnels pendant une ou deux saisons, le temps de créer leur réseau de consommateurs et de trouver des terres. Cet apprentissage s'apparente au système de pépinière d'entreprise et d'apprentissage, mais de façon inédite dans le secteur de l'agriculture.

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Les principaux partenaires du réseau sont : Le GAB (Groupement des Agriculteurs Bio) qui apporte sont expertise en tant que professionnel de la filière BIO : Installation, conversion, information, structuration des filières. L'organisme « Terre de liens », créé en 2003 en Rhône-Alpes s'est implanté en IDF en 2005 et  favorise l'accès collectif et solidaire au foncier et au bâti en milieu rural et périurbain. L'association organise une foncière qui capitalise les parts des adhérents pour porter des projets d'installations. La région IDF subventionne également nombre de filières pour la promotion de l'agriculture de proximité notamment biologique, dont le réseau des AMAP IDF.

Le grenelle de l'environnement projette une restauration collective d'Etat 20% BIO d'ici 2012, le triplement des surfaces nationales certifiées AB en 5 ans (2% à 6%) puis 20% d'ici 2020. En 2007, l'île-de-France comptait 0,76% de la SAU (Surface agricole utile) en BIO (2% au national), soit 4400ha, 1,2% des exploitations, 84 structures, 10% des maraîchers, les surfaces BIO ont été multipliées x 12,5 depuis 1996. Le BIO est un des seuls marchés en croissance de 10% par an. Pour les territoires et la grande couronne francilienne, l'agriculture de proximité et BIO permet d'éviter le « mitage » du territoire (découpage), elle le valorise par des produits labellisés compatible de l'environnement en PNR (chartes des parcs naturels régionaux). Elle crée une réelle activité économique grâce à la popularité des AMAP et fait baisser le coût du BIO en augmentant l'offre. Les emplois agricoles profitent aux personnes peu qualifiées, voire en réinsertion sociale. On établit ainsi des circuits géographiques et économiques les plus courts possibles, c'est un argument de poids pour garantir plus de surfaces préservées dans le cadre des OIN (opérations d'intérêt national), pour la recherche BIO et la formation aux métiers. On peut créer les conditions d'installation de nouveaux producteurs voire de couveuses agricoles du réseau des AMAP IDF. Ce type d'agriculture préserve la qualité des nappes phréatiques, améliore le bilan carbone jusqu'à 50% par rapport à l'agriculture « conventionnelle », l'agriculture représentant 30% des émissions de GES (Gaz à effet de serre) mondiales. Enfin, on améliore la santé et les finances publiques face aux drames humains et aux dépenses, 35% des cancers seraient liés à l'alimentation selon l'institut national du cancer.

Les AMAP, l'agriculture de proximité et BIO sont des enjeux majeurs. Ces niches d'activité préfigurent les circuit courts et l'autonomie maximale des territoires de demain à hautes valeurs ajoutées environnementales et économiques, une récente circulaire du ministère de l'agriculture et de la pêche abonde dans ce sens. Développer ces notions pour d'autres secteurs nous permettra de nous protéger face aux ruptures économiques et énergétiques qui nous attendent, et d'éviter bien des écueils sanitaires. Encore faut-il une forte volonté politique pour préserver les espaces nécessaires à ces activités et réformer la PAC dans le bon sens à l'heure du débat Européen. Nous détenons une première action de consommation alternative avec les AMAP, ces associations « dans l'air du temps » connaissent un réel succès auprès du public. A vos paniers...

O.V.

Sources :

Réseau des AMAP IDF : http://amap-idf.org/

Rapport du conseil régional IDF sur l'agriculture biologique (novembre 2008).

« Nos enfants nous accuserons », le film de J.P. Jaud.

Liens :

Site national des AMAP : http://www.reseau-amap.org/

Groupement des agriculteurs biologiques (GAB) IDF : http://www.bioiledefrance.fr/

Mouvement inter régional des AMAP : http://www.miramap.org/

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